L’interview éclairante avec Nathalie Calise

Ce mois-ci, nous avons le plaisir d’interviewer Nathalie Calise, Secrétaire Générale d’Erilia, une entreprise sociale pour l’habitat, devenue société à mission en mars 2021. 

Quelles ont été les grandes étapes qui ont marqué l’adoption de la qualité d’entreprise à mission ? 

Nous avons d’abord dû nous interroger sur la raison d’être de l’entreprise en y associant l’ensemble de nos parties prenantes. Un important travail interne a été mené pour définir nos objectifs statutaires. La constitution de notre comité de mission a représenté une étape cruciale dans ce parcours. Il est opérationnel depuis le 1er janvier 2022 et se compose de huit membres, dont deux collaborateurs et six membres externes. Nous avons sollicité des experts (chercheurs, professeurs à l’université) travaillant sur nos thématiques principales : le logement, la relation avec les fournisseurs et les collaborateurs, ainsi que l’impact de notre activité sur les élus et les territoires.

En tant que Secrétaire Générale d’Erilia, quelle est votre vision de l’évolution du rôle des entreprises de logements sociaux dans le secteur immobilier français, notamment face à la crise du logement et à la transition écologique ?

De nombreuses entreprises sociales pour l’habitat ont, ces dernières années, fait le choix de devenir des sociétés à mission. Cela reflète leur capacité à intégrer pleinement les enjeux sociaux et environnementaux qui orientent aujourd’hui nos réflexions. Dans notre secteur, nous avons la chance de pouvoir innover et intégrer de nouvelles méthodes de construction. Les bailleurs sociaux ont une mission à long terme, car ils gèrent les logements qu’ils construisent. Nous sommes fortement impliqués dans la mise en œuvre de solutions pour réduire la consommation énergétique de l’ensemble de notre patrimoine. Notre activité est animée et valorisée par la Fédération des entreprises sociales pour l’habitat et l’Union sociale pour l’habitat. Ces deux acteurs du mouvement HLM jouent un rôle crucial : ils portent nos actions auprès du gouvernement et contribuent à la politique du logement.

Comment s’opère la bascule du secteur de l’immobilier vers de nouveaux modèles économiques ?

Nous traversons actuellement une crise du logement due à plusieurs facteurs dont, notamment, l’augmentation des prix et des coûts de la construction, à l’impact de la guerre en Ukraine. Notre rôle est certes d’accompagner cette transition, mais il s’agit surtout de répondre aux besoins des 190 000 personnes qui habitent dans nos logements. Cela nous oblige à réfléchir à de nouveaux modèles, plus respectueux de l’environnement, tout en permettant aux habitants de maîtriser leurs charges liées à l’entretien des logements (chauffage, eau, etc.). Certains dispositifs récents, qui sont valorisés pour leur capacité à réduire les émissions de gaz à effet de serre, présentent des coûts d’entretien plus élevés. C’est un équilibre que nous devons trouver entre respect de l’environnement et accessibilité économique pour les habitants.

La notion d’« immobilier à mission » est en pleine expansion. Comment votre organisation intègre-t-elle cette approche dans ses pratiques, notamment pour renforcer l’impact social, territorial et environnemental de vos activités ?

C’est le fondement de notre démarche pour devenir une Société à Mission. Nous avons travaillé sur trois grands axes d’impact :

  • l’impact social, lié à notre activité ;
  • l’impact territorial, car construire nécessite d’être en lien avec les communes et les élus. Nous avons revu l’ensemble de nos déploiements en région, en accordant beaucoup plus de pouvoir décisionnel aux directeurs régionaux.
  • et enfin l’impact environnemental. Nous avons repensé notre relation avec nos fournisseurs pour mettre en place une politique d’achats durables. Grâce à notre comité de mission, nous avons élaboré une feuille de route intitulée « TRANSITION » intégrée dans toutes nos stratégies de réhabilitation, de développement sans oublier la gestion de l’entreprise et la sensibilisation de nos habitants à ces enjeux.

Les enjeux environnementaux comme le changement climatique et la gestion des ressources impactent directement l’immobilier. Quelles stratégies votre entreprise adopte-t-elle pour s’adapter et garantir la résilience de ses logements sociaux ? 

Nous avons mis en place une planification complète visant à améliorer les performances de nos bâtiments les plus anciens. Cela concerne l’isolation, les systèmes de chauffage et les vecteurs énergétiques. En matière de constructions neuves, nous intégrons désormais des matériaux biosourcés. Cependant, la principale difficulté réside dans le coût des matériaux. Une équation complexe qui demande de trouver un équilibre entre impact environnemental et viabilité économique des projets. On nous incite par exemple à abandonner le gaz au profit d’énergies plus propres. Valorisé pendant des décennies, il doit désormais être remplacé dans le cadre des stratégies nationales bas carbone. Enfin, nos choix stratégiques et opérationnels prennent bien sûr en compte le défi des règlementations, CSRD et autre taxonomie européenne.

Au-delà des solutions techniques mises en œuvre, qu’est-ce que la qualification de SàM change dans la conduite des opérations et dans votre business model (développement, renoncement, etc.) ?

Ces dernières années, nous avons développé des services pour nos locataires. Par exemple, nous avons mis en place des casiers Mondial Relay pour le dépôt de colis « au dernier kilomètre ». Nous avons également développé des services de conciergerie. Ces réalisations concrètes découlent directement de nos engagements en tant que Société à Mission. Nous avons décidé de renoncer à l’utilisation du gaz dans le neuf. Pour l’existant, nous saisissons l’opportunité des réhabilitations pour changer les vecteurs énergétiques et dans la mesure du possible opter pour le branchement sur les réseaux de chaleur. Tous nos efforts se portent également sur l’isolation du bâti.

Quels sont les trois bénéfices majeurs que vous tirez de votre statut de société à mission ? 

  • Le regard extérieur apporté par d’autres professionnels sur notre activité est un atout rare, car il est peu courant qu’une stratégie d’entreprise soit partagée avec des acteurs externes dans le but de l’enrichir et de la faire évoluer.
  • Il nous a fallu dix-huit mois pour devenir Société à Mission. Avoir engagé cette réflexion tôt, dès 2019, nous a permis de devenir la première SàM dans le secteur du logement social. Cela a apporté une réelle reconnaissance et un éclairage positif à l’entreprise.
  • Certains ont perçu cette démarche comme un simple « coup de com’ ». Cependant, notre première vérification par un Organisme Tiers Indépendant (OTI) a été une immense fierté : l’OTI a validé nos actions, confirmant ainsi la solidité et la crédibilité de notre engagement.

Ce qui me motive chaque jour, c’est…

Loger des familles, préserver l’avenir des jeunes générations et sensibiliser à l’impact environnemental : trois raisons d’être fière chaque jour !

 

28/01/2025

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