L’interview éclairante avec Laurent Guillot

emeis, groupe européen du soin et de l’accompagnement auprès des plus fragiles, est désormais une société à mission. Après une transformation profonde du Groupe, trois ans après le scandale Orpéa, Laurent Guillot, Directeur général, revient sur les engagements qui guident désormais l’action des  83 500 collaborateurs dont 28 000 en France : œuvrer au changement de regard sur les plus fragiles et leurs proches pour une véritable inclusion, valoriser les métiers du soin et faire du soin aux plus fragiles une contribution majeure au lien social de proximité et à la cohésion territoriale et innover pour contribuer à la planète.

À travers les réseaux DOMIDOM et ADHAP, le Groupe emeis propose aux seniors et aux personnes fragilisées ou en perte d’autonomie une offre de services et d’aide à domicile. Cette diversification s’inscrit-elle dans une vision renouvelée de l’accompagnement du vieillissement ?

La démographie est une science assez exacte à l’horizon de 5-10 ans. Si vous projetez la demande de soins à l’horizon de 2030 avec l’arrivée des baby-boomers dans la classe d’âge des personnes dépendantes, la demande va exploser. Il nous faut donc développer davantage l’ensemble des solutions d’accompagnement au grand âge : les aides à domicile, les résidences autonomie, les maisons de retraite, etc.

Donc oui les services et aides à domicile vont croître dans les années qui viennent, cela correspond à un besoin et à une demande.

Comment abordez-vous la pénurie structurelle de main-d’œuvre ?

Il nous faut former beaucoup plus de soignants en formation initiale et continue. Ainsi, en 2024, près de 5 500 formations qualifiantes ont été réalisées par nos équipes en France. Dès 2023, nous avons créé une école de management qui a formé plus de 1 200 cadres. Une telle école n’existait pas dans le secteur du soin auparavant. Un manager formé travaille avec plus d’horizontalité dans un climat de confiance qui favorise la collaboration. Nous avons également travaillé sur la rémunération avec par exemple la mise en place d’un 13ème mois, d’une mutuelle notamment pour les non-cadres, la santé et la sécurité au travail et nous proposons un programme social et solidaire, « emeis et moi », un dispositif gratuit, confidentiel pour nos collaborateurs et leurs proches.

Il faut également travailler sur la digitalisation et l’automatisation de certains process, pour libérer les soignants des tâches bureaucratiques, et leur redonner du temps.

En résumé : attirer, former, retenir.

Quels leviers allez-vous activer pour “faire du soin aux plus fragiles une contribution majeure au lien social de proximité et à la cohésion territoriale”, comme le mentionne l’un de vos engagements de votre mission ?

Il s’agit de continuer à ouvrir nos établissements vers l’extérieur et de multiplier les initiatives qui favorisent les liens intergénérationnels, ainsi par exemple, certains de nos établissements accueillent des crèches, dans le Nord de la France. Un restaurant ouvert à tous pour le déjeuner s’est installé dans une de nos maisons de retraite, avec une brigade inclusive d’alternants en situation difficile ou de handicap. Nous réfléchissions également à la mise à disposition d’espaces où des visiteurs pourraient télétravailler lors de leurs visites à leurs proches. Il y existe de nombreuses initiatives qui réintroduisent la Cité dans nos maisons de retraite, nous les structurons dans le cadre de notre mission.

De quelle manière vos démarches éthiques se concrétisent-elles après le scandale Orpéa ?

Nous avons mis en place des référents éthiques dans chaque établissement, formés et coordonnés par la direction de l’éthique du groupe, dirigée par le Professeur Emmanuel Hirsch. Les problématiques abordées sont complexes, parce qu’humaines. Elles ne peuvent pas être rigides et pensées de manière normative.

Prendre soin d’une personne en fin de vie isolée de sa famille ou savoir comment réagir aux enjeux de la sexualité des résidents font partie des questions sur lesquelles nous devons nous concerter.

Quelle valeur ajoutée la société à mission apporte-t-elle aux acteurs de la silver économie ?

Nous engager à atteindre des objectifs de mission pour transformer la société est un enjeu fondamental. D’autant plus qu’ils sont mesurables, audités et opposables. Je considère cela comme étant une contrepartie d’un contrat social implicite – de la social licence to operate – qui nous permet d’exercer comme société privée dans un secteur d’intérêt public au plus proche des personnes fragiles.

09/01/2026

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