
Première société à mission du transport urbain en France, Keolis Bordeaux Métropole Mobilités place la mobilité durable et l’innovation sociale au cœur de son action. Laurence Vercucq, Directrice RSE et manager de la mission, partage la façon dont cette démarche pionnière a redéfini l’équilibre entre enjeux financiers, environnementaux et sociétaux.
Pourquoi avoir choisi de faire de Keolis Bordeaux Métropole Mobilités la première société à mission du transport urbain en France, au-delà d’une politique RSE classique ?
Nous étions déjà engagés dans une démarche RSE depuis 2014. Mais nous avons vite compris que la durabilité est un exercice d’équilibre entre le financier, l’impact environnemental et sociétal.
Il y a quatre ans, adopter la qualité de société à mission s’est imposé pour ancrer la RSE au plus haut niveau de notre gouvernance, avec des objectifs statutaires clairs. Cette évolution naturelle nous a permis de mieux travailler avec plus d’une soixantaine de parties prenantes.
Quels enseignements tirez-vous de l’évolution des indicateurs de mission, qui mettent désormais l’accent sur les impacts obtenus plutôt que sur les moyens déployés ?
Grâce à la rigueur du contrôle de la mission par un Organisme Tiers indépendant, nous nous positionnons comme un acteur sérieux aux actions construites, aux résultats tangibles, chiffrés et mesurés, qui, malgré les défis, cherche à s’améliorer.
Quels résultats concrets pouvez-vous partager sur l’impact environnemental du réseau depuis l’adoption de la qualité de société à mission ?
Accompagnés par le coprésident de notre comité de mission qui est hydrogéologue et expert au Bureau de recherches géologiques et minières (BGRM), nous avons réussi à réduire en 2024 de 63% la consommation d’eau d’arrosage de la plateforme tramway par rapport à 2022, tout en maintenant la végétalisation de ces parcelles.
Côté biodiversité, la gestion raisonnée des espaces verts qui entourent le site industriel de l’un de nos dépôts de maintenance vient d’obtenir le label Ecojardin.
En tant qu’opérateur public à mission, comment anticipez-vous et gérez-vous les nouveaux risques liés au changement climatique ?
Accompagnés par le cabinet de conseil Carbone 4, nous avons identifié les processus qui pourront être impactés par les aléas du changement climatique. Nous avons élaboré un plan d’action pour la continuité de service en cas de fortes chaleurs : gilets rafraîchissants pour nos techniciens de maintenance, peinture blanche sur les toits de tram et mise en œuvre d’un système fresh air qui recycle l’air « intérieur » (moins chaud) en lieu et place de celui « extérieur » (plus chaud) habituellement utilisé.
Quelles innovations concrètes, portées par la mission, ont récemment été déployées pour optimiser la gestion du réseau et améliorer l’expérience usager ?
Pour former nos salariés en cas d’incendie, dans un tram ou dans un bus, nous misons sur l’entraînement et la formation immersive en réalité virtuelle. Les premières sessions seront déployées dès 2026.
Un hackathon coorganisé à la mi-avril avec l’Université de Bordeaux a permis de faire émerger une innovation particulièrement intéressante pour améliorer la sécurité aux abords des voies de tramway grâce à un hologramme.
La mobilité durable est un puissant facteur de décloisonnement social. Comment votre mission favorise-t-elle l’inclusion, notamment pour les publics fragiles ?
Les accompagnants du dispositif MobiGuide guident les personnes à mobilité réduite dans leurs déplacements, favorisant ainsi leur retour à l’usage des transports en commun. Une solution qui fonctionne, mais qui se confronte à des limites budgétaires qui nous empêchent de répondre à toutes les demandes. Par ailleurs, l’amélioration des parcours en transports en commun des personnes en situation de handicap nous a permis d’obtenir la certification CapHandéo Accessibilité en 2024.
Comment travaillez-vous sur l’intermodalité ?
Pour encourager le développement de la marche, nous avons mis en place des éléments de signalisation qui indiquent, par exemple, le nombre de minutes à pied qu’il faut pour se rendre d’un endroit A à un endroit B. Nous avons également sorti l’application MaaS (Mobility as a Service), facilitant l’accès à tous les modes de transport sur une seule plateforme.
Quels conseils donneriez-vous à d’autres opérateurs publics ou entreprises de la mobilité qui souhaitent franchir le pas de la société à mission ?
N’ayez pas peur. Un comité de mission n’est pas là pour réprimander ; il challenge avec bienveillance, mesure et raison. La qualité de société à mission est un levier de performance intelligent et utile. C’est un maillon essentiel de l’évolution d’une démarche RSE vers une ambition stratégique.
Que vous apporte la Communauté des entreprises à mission ?
On y trouve beaucoup d’expertise, d’informations et de partage. C’est un réseau dense et vivant qui apporte un soutien non négligeable, notamment pour ceux qui débutent dans cette démarche. Le Cercle des managers de mission et les webinaires m’ont été très utiles.




