
Gonzague de Blignières, qui co-dirige la société d’investissement RAISE, et pionnier de la finance engagée, revient sur les enjeux actuels de ce secteur, ainsi que sur le rôle de la société à mission dans celui-ci.
L’allègement des réglementations européennes sur le reporting est-il un danger pour la finance responsable ?
RAISE encourage et accompagne ses participations à continuer leur chemin de durabilité via le cadre structurant qu’offre la CSRD ou de façon volontaire et adaptée à chaque business model. Nous sommes convaincus que la CSRD constitue une boussole commune de transition durable, plus qu’un reporting. De plus, les investissements engagés par les participations constituent un avantage compétitif et doivent être capitalisés pour intégrer plus de durabilité dans chaque business model et permettre aux participations de se différencier. Ce temps supplémentaire constitue une opportunité pour opérationnaliser des démarches RSE initiées. Au-delà du cadre réglementaire, les enjeux ESG restent inchangés et les chemins de durabilité doivent continuer leurs tracés.
Quel est votre point de vue sur la directive « stop the clock » qui repousse la date de mise en conformité pour une grande partie des entreprises concernées ?
On encourage les entreprises dans lesquelles nous investissons à continuer leur chemin de durabilité via le cadre structurant qu’offre la CSRD ou de façon volontaire et adaptée à un modèle économique. Ce temps supplémentaire constitue une opportunité pour opérationnaliser des démarches RSE initiées.
Dans un contexte géopolitique sous tension, comment réussir à fédérer les entreprises à l’échelle internationale, autour des engagements ESG ?
En continuant à investir et soutenir les entreprises françaises qui font du business à l’étranger, tout en les guidant vers une trajectoire de durabilité, que ce soit à l’échelle nationale et internationale.
Quel est votre positionnement sur le financement de l’armement dans la finance durable ?
La politique d’exclusion du Groupe RAISE a toujours exclu les investissements directs et indirects dans des entreprises ayant pour activité la production, la vente ainsi que la distribution d’armes controversées. Le Groupe RAISE s’engage à continuer à appliquer, au secteur de l’armement, au même titre que l’ensemble des secteurs de participations cibles, son processus d’investissement responsable.
Questionnez-vous votre utilisation de l’IA, pour qu’elle soit en accord avec vos engagements, vos valeurs et votre mission ?
Chez RAISE, l’utilisation de l’IA se fait de manière responsable, avec un strict respect de la sécurité des données, du RGPD et de la cybersécurité. L’IA, intégrée à notre feuille de route innovation, améliore l’efficience opérationnelle et le suivi de nos indicateurs de mission. Nous surveillons également son impact environnemental à travers notre bilan carbone et sensibilisons nos collaborateurs aux impacts climatiques de l’IA.
Vous venez de lancer l’accélérateur RAISE Sherpas Associations qui finance et accompagne des associations innovantes dans leur passage à l’échelle, comment fonctionne-t-il ?
Nous donnons 30 000 à 40 000 euros par an, pendant trois ans, à des associations. Elles profitent également de tout l’accompagnement de RAISE Sherpas : mentorat, clubs, mises en relation, etc.
Quels sont vos autres projets en cours ?
Nous avons créé en 2023 le fonds de partage “Investir pour l’enfance” et collecté 45 millions d’euros que nous investissons dans les meilleurs deals de la Place de Paris. Nous prévoyons ainsi de pouvoir donner entre 10 et 15 millions d’euros à l’association Espérance Banlieues et à l’Institut Imagine. Ce fonds était une preuve de concept. Mon rêve serait que nous devenions le leader européen des fonds de partage.
Quels conseils pouvez-vous partager aux entreprises à mission qui sont hors du secteur de la finance responsable ?
Lorsque vous cherchez des capitaux, regardez bien quelle est la raison d’être de l’entreprise qui va vous financer. Soyez exigeants, si l’ensemble des entrepreneurs font cette démarche, le monde de la finance, dans son ensemble, se devra d’être vraiment responsable.
Pourquoi avoir choisi d’adopter le modèle de société à mission en 2022 ?
L’avantage, c’est qu’il y a un OTI qui vous jauge et un comité de mission qui valide les orientations. Avoir un cadre et démontrer factuellement, avec transparence, ce que vous faites, permet d’illustrer votre évolution de manière irréfutable. Il ne faut pas trop de méthodes de mesure, mais des critères exhaustifs sur l’impact.
Qu’est-ce que cela a changé ?
En devenant entreprise à mission, nous faisons de nos engagements la colonne vertébrale du Groupe. C’est un prisme inspirant qui apporte une vraie fierté d’appartenance aux collaborateurs, et qui nous pousse à être toujours plus ambitieux, à nous interroger sur les moyens de faire une différence positive dans le monde économique et la société.
Comment continuer à faire rayonner la société à mission dans le monde économique ?
Il faut démontrer la création de valeur extra financière et la pérennité des entreprises qui se soucient de leur contribution. Stéphanie Pinot, notre directrice de la Stratégie, du Développement et de la Communication, répond à beaucoup de sollicitations autour de ces enjeux d’engagement ; c’est important d’échanger et de partager les bonnes pratiques pour donner envie à d’autres de structurer leur cheminement.
Pourquoi plus d’entreprises doivent-elles adopter ce modèle ?
L’entreprise à mission n’est pas une mode. C’est un outil de mesure d’évolution et un prisme inspirant qui nous permet d’affermir et amplifier nos engagements. Les jeunes veulent donner un sens à leur vie professionnelle. Quand on est entreprise à mission, c’est plus facile de démontrer ses engagements pour recruter de nouveaux talents. Chez RAISE, les métiers sont au service de la mission et les collaborateurs sont motivés par cette vision commune, la portée de nos engagements et l’impact de leur action.
Nous sommes dans un monde en criseS. Quels conseils donneriez-vous pour flécher les efforts de la mission ?
Il ne faut pas être passif, il faut être acteur. Nous avons prouvé que philanthropie, mission et rentabilité sont compatibles. C’est applicable partout ailleurs.




