L’interview éclairante avec Bénédicte Bost

Former une nouvelle génération de dirigeants responsables : c’est le pari qu’emlyon relève grâce à la société à mission, véritable levier de transformation à tous les niveaux. Bénédicte Bost, Directrice de l’Engagement Social et Environnemental et Manager de la mission d’emlyon business school, partage ici comment l’école bouscule ses codes – du pilotage stratégique à l’expérience étudiante – pour former des leaders capables de répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux de demain.

La rentrée 2025 est marquée par la hausse des effectifs, les débats sur le financement, l’équité et les critères de transparence dans l’enseignement supérieur. Comment la qualité de société à mission vous permet-elle à d’apporter des réponses concrètes et innovantes à ces enjeux  ?

Les éléments de régulation et d’accréditation sont essentiels pour une mesure objective et une meilleure compréhension des niveaux de qualité des établissements. À emlyon, l’exigence d’excellence a toujours été une constante  : démarche Qualiopi engagée de longue date, triple-accréditation (1% des écoles mondiales), publication de rapports extra-financiers audités depuis cinq ans.

La société à mission est un levier encore plus puissant, puisqu’il s’agit d’une démarche volontaire ancrée autour de notre raison d’être mise au service de l’intérêt général. La mission nous engage auprès de toutes nos parties prenantes et nous oblige à tenir ce cap malgré les évolutions réglementaires ou politiques.

Cette transparence accrue permet de rendre compte, au-delà des indicateurs classiques, de l’impact socio-environnemental, de la dynamique, du niveau d’excellence des enseignants-chercheurs et des étudiants recrutés. Tout ce que nous annonçons et affirmons est vérifié et vérifiable. Cela permet de niveler et de clarifier l’environnement de l’enseignement supérieur, parfois perçu comme opaque.

Comment les dispositifs pédagogiques établis depuis l’adoption de la qualité de société à mission, comme la méthodologie “SDG Inside”, ont-ils contribué à transformer le profil et les pratiques des futurs dirigeants formés à emlyon ?

Nous misons sur une approche systémique et une pédagogie active, au sein de laquelle la responsabilité sociale et environnementale doit irriguer l’ensemble des enseignements et des activités. Chaque action fait l’objet d’une évaluation réflexive et de retours d’expérience. Quant à la mission, c’est tout le collectif (étudiants, associations, équipes, alumni, partenaires) qui y contribue et qui la porte, pour garantir un ancrage réel et mesurable à tous les niveaux : recrutement, pédagogie, accompagnement social et implication sur le territoire.

Nous avons déployé un dispositif innovant permettant de soutenir la transformation des enseignements : SDG Inside. C’est une grille méthodologique d’analyse de l’ensemble des cours, fondée sur les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU. Tous les programmes – du bachelor au doctorat – sont passés au crible de 35 compétences RSE, garantissant de façon systématique un socle de compétences adaptable à chaque niveau, du leadership responsable à la finance durable, à la prise de décision éthique.

Quel bilan dressez-vous de l’engagement social et environnemental des étudiants, notamment au travers des missions bénévoles, de la charte RSE des associations et des nouveaux cursus à impact ?

Notre programme d’engagement responsable repose sur 50 h de bénévolat obligatoire, en situation réelle (maraude, EHPAD, collecte de déchets, etc.), requis dès la première année. Ce qui pouvait au départ être perçu comme une contrainte est maintenant plébiscité et intégré dans la culture étudiante. Nous avons débuté avec une dizaine d’associations partenaires, nous en avons aujourd’hui 45 et l’ensemble des étudiants réalisent environ 65 000 heures d’engagement par an.

En parallèle, nous avons une charte d’engagement RSE coconstruite avec nos 35 associations étudiantes, qui s’engagent volontairement sur d’autres actions avec des objectifs concrets et atteignables.

Comment l’investissement dans les chaires de recherche et l’Institut Healthcare, Innovation, Technology & Society permet-il à l’école d’anticiper et de relever les enjeux sanitaires, climatiques et technologiques ?

L’Institut HITS regroupe des programmes de formation, de recherche et du soutien à l’entrepreneuriat en santé. Parmi nos formations, un master en “science in health management and data intelligence” et des cursus dédiés à la BioPharma. La recherche porte sur la science du management au service de la santé (parcours de soins, psychologie du travail, activités hospitalières, impact environnemental…).

Par ailleurs, dans le cadre d’un autre centre de recherche, l’Alternative Futures Institute, nos chercheurs travaillent sur l’anticipation, l’anthropocène, avec un nouveau projet d’institut d’anticipation dédié, et nous avons un cours “futurs durables”. L’objectif est de modéliser les risques liés à chaque activité et d’imaginer des futurs souhaitables pour construire des mondes habitables.

Suite aux mesures annoncées par Élisabeth Borne pour renforcer l’encadrement des établissements privés (droit de rétractation, contrôle des pratiques abusives, accès à Parcoursup), comment votre école garantit-elle aujourd’hui l’égalité des chances, l’inclusion et le soutien financier des étudiants précaires ou issus de territoires défavorisés ?

Notre engagement historique pour l’égalité des chances s’est renforcé. Nous avons un dispositif très complet : en amont, notre programme d’égalité des chances (Cordées de la réussite, tutorat, aide à l’orientation…) accompagne environ 1  000 élèves par an, en zone rurale et en réseau d’éducation prioritaire. Nous intervenons aussi sur la préparation aux concours en classes prépa avec des ateliers intensifs. Nos étudiants ont aussi accès à du mentorat et à des formations à la prise de parole en public.

Pour l’intégration, nous proposons une politique de bourses très volontariste, allant jusqu’à la gratuité des frais de scolarité (pour des cursus à 14 000-17 000 €/an), ce qui représente plusieurs millions d’euros d’investissement et un objectif de 30 % d’étudiants boursiers à l’école (nous en sommes à 20 %). Les soutiens financiers incluent aussi des prêts à taux zéro avec nos partenaires bancaires, des bourses de notre fondation, des aides aux dépenses de la vie courante et des réductions sur la participation à des événements étudiants.

La question du bien-être et de la santé mentale étudiante devient centrale : comment le plan “Résonances” apporte-t-il une réponse structurelle à ces enjeux au sein des parcours ?

Nous considérons que le bien-être, la santé psychique et physique sont des composantes structurelles du parcours académique. Dans le cadre du plan stratégique “Résonances”, nous nous appuyons sur un pôle santé accessible à l’ensemble des étudiants de façon confidentielle et gratuite. Sur notre campus lyonnais, nous avons deux infirmières, des psychologues, un médecin référent handicap et une assistante sociale. L’an dernier, nous avons recensé 900 consultations étudiantes.

Nous accompagnons aussi les étudiants en situation de handicap (permanent ou temporaire), avec des plans d’aménagement personnalisés (distanciel, tiers temps, reports, etc.). Nous formons nos équipes, administratives et enseignantes, à l’inclusion, au handicap et lançons cette année un groupe de travail sur des enseignements plus inclusifs.

Dans le contexte géopolitique actuel où l’Europe réaffirme son rôle d’accueil des talents et de défense de l’éthique académique, comment emlyon accompagne-t-elle les chercheurs et étudiants issus de territoires sensibles ou en conflit ?

Notre corps professoral compte plus de 40 % d’internationaux et nos doctorants 70 % de profils internationaux. Nous participons à des programmes européens d’accueil de chercheurs et étudiants provenant de pays en crise ou en guerre. Nos campus à Mumbai et Shanghai nous permettent d’exporter la société à mission sur de nouveaux territoires par la preuve et l’action sur le terrain, même si nous devons adapter certains de nos parcours aux réalités et aux contextes locaux.

Quels conseils donneriez-vous aux établissements de l’enseignement supérieur qui souhaitent devenir société à mission ? 

Pour franchir le pas vers la qualité de société à mission, il est crucial d’adopter une vision à long terme, d’associer toutes les parties prenantes et de positionner la démarche au plus haut niveau de la direction stratégique et organisationnelle afin qu’elle rayonne dans l’ensemble de l’organisation. La rentabilité d’une telle orientation ne se limite pas à l’aspect financier : elle inclut la réputation, l’alignement des équipes, l’impact sociétal et l’attractivité, à condition d’avancer de façon volontaire et transparente.

Quelle valeur ajoutée la Communauté des entreprises à mission apporte-t-elle à emlyon  ?

La Cem nous offre un espace de partage et de coconstruction, qui renforce autant notre légitimité que l’évolution de notre modèle. L’échange de méthodes et d’expériences issues de différents milieux ainsi que l’accès aux groupes régionaux et au comité scientifique est une véritable source d’enrichissement pour nos équipes et, de facto, pour nos étudiants.

08/09/2025

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