L’interview éclairante avec Anne-Catherine Péchinot

Ce mois-ci, nous avons le plaisir d’interviewer Anne-Catherine Péchinot, Directrice générale d’Easy Cash, leader français de l’achat-revente de produits de seconde main.   

Bonjour Anne-Catherine, pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ? 

Je m’appelle Anne-Catherine Péchinot. J’ai dirigé plusieurs entreprises durant ma carrière : Homebox, Gîtes de France, Rent A Car, Colisée. J’occupe depuis deux ans, le poste de Directrice générale d’Easy Cash, le leader français de l’achat-revente de produits de seconde main. Ce réseau qui fête ses 25 ans est né bien avant que la seconde main ne devienne tendance, à une époque où l’on parlait simplement d’« occasion ».

Quand Easy Cash a-t-il adopté le statut de société à mission (SàM) et quelles ont été les grandes étapes de cette transition ?

Chez Colisée, ma précédente entreprise devenue entreprise à mission, j’ai pu constater le pouvoir transformatif du modèle tant sur les équipes que sur l’engagement des parties prenantes. Easy Cash en tant qu’acteur de la seconde main est, par nature, une entreprise vertueuse qui cherche à bien faire les choses. Nous avons donc entrepris un travail approfondi de plus de deux ans, sur notre raison d’être : « Partageons nos envies d’entreprendre pour une société plus humaine et écologique en rendant la seconde vie désirable à tous » – et nos valeurs de convivialité, d’engagement, de transmission et de performance. En veillant à impliquer de nombreuses parties prenantes et notamment notre réseau de franchisés. Easy Cash est officiellement devenue entreprise à mission en avril 2024.

En tant qu’acteur de l’économie circulaire depuis 2001, quel rôle jouez-vous dans la promotion de la seconde main ?

Nous sommes le premier réseau français d’achat-revente de produits d’occasion et reconditionnés en nombre de points de vente, avec 165 magasins physiques en France. En 2024, nous avons réalisé un volume d’affaires de 285 millions d’euros. Chez Easy Cash, nous encourageons les consommateurs à revendre les produits dont ils ne se servent plus : 80 % des produits vendus en boutique ont été rachetés dans cette même boutique. Nous privilégions le circuit court. Il est essentiel pour nous d’inciter à la revente des produits inutilisés. Pour rassurer nos clients, nous garantissons nos produits pendant deux ans et proposons une politique « satisfait ou remboursé » sous 30 jours, afin de redonner confiance aux consommateurs dans l’achat de seconde main. Aussi, nous menons actuellement une étude pour mesurer l’effet rebond de la seconde main selon les typologies de produits présents dans nos magasins. Nous préparons également un livre blanc sur ce sujet. Grâce à ces données, nous pourrons entamer un travail d’évangélisation et d’explication auprès de nos clients. Sur certains produits, nous envisageons de développer des valeurs d’usage ou des prix garantis pour favoriser la circularité. Mais pour ce faire, nous avons besoin de collecter de la data afin de compter ce qui compte vraiment.

Comment le comportement des consommateurs a-t-il évolué ces dernières années en matière d’achat et de revente de produits d’occasion, et quelles actions Easy Cash met-il en place pour s’adapter à ces changements ?

Il y a 25 ans, notre modèle économique s’est construit dans une logique volumique. L’occasion s’adressait alors principalement aux populations au pouvoir d’achat plus faible et notre combat était de lutter contre la paupérisation. Désormais, un Français sur deux a acheté un produit d’occasion au cours de l’année. Toutes les classes sociales fréquentent nos magasins pour consommer. Et les jeunes générations, quant à elles, ont intégré la consommation de seconde main comme une habitude naturelle. Nos magasins sont des lieux de vie et de partage. Nous souhaitons accueillir aussi bien des personnes au faible pouvoir d’achat, qui consomment de la seconde main par nécessité, que des clients plus aisés, qui font ce choix par conviction. Nos magasins se veulent inclusifs, à contre-courant des enseignes actuelles souvent très « typées ». Nous sensibilisons nos clients sur l’importance de l’allongement de la durée de vie des produits. Dans cette optique, nous avons mis en place des ateliers de réparation dans nos magasins, permettant de prolonger l’usage des produits principalement dans la téléphonie et l’informatique. 30 % de nos magasins disposent d’ateliers de réparation, dont 10 % en Front Office. Afin de former nos collaborateurs à ces pratiques, nous avons créé une école dédiée à la réparation, qui repose sur un apprentissage pratique.

Quels engagements sociaux et environnementaux orientent vos décisions stratégiques et opérationnelles ?

Ils reposent sur trois piliers. Notre premier pilier consiste à faire de nos magasins des lieux de vie et de partage, en travaillant sur la coopération territoriale. Le second est de faire de la seconde vie et du réemploi des éléments incontournables au service de la durabilité. Cela passe par la réparation, l’allongement de la durée de vie des produits et le fait de fournir des informations environnementales sur les produits que nous vendons. Nous avons créé Kyklos, une entreprise de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) spécialisée dans la réparation d’ordinateurs et d’équipements périphériques afin de réparer plus massivement encore. Le troisième pilier correspond à notre école de l’occasion. Nous avons travaillé à la création de cette école afin promouvoir les métiers liés à la seconde vie des produits car nous sommes convaincus qu’il ne pourra jamais y avoir une filière de la seconde main structurée, attractive et opérationnelle sans diplômes reconnus. Nous venons d’obtenir une certification auprès de France Compétences. Aujourd’hui, le métier d’acheteur de produits d’occasion n’existe pas en tant que tel. Nous développons des partenariats sur ces sujets, notamment avec l’école NoSchool.  Nous avons créé la première formation en alternance dédiée aux métiers de l’occasion, en septembre 2024. Elle se compose de 30 élèves, des étudiants que nous accueillons dans nos magasins avec l’espoir de les recruter à l’issue de leur formation.

Le statut de société à mission impose-t-il des renoncements ou des choix difficiles ? 

Les articles neufs sont présents dans nos magasins. Certains ont pour utilité de prolonger la durée de vie d’autres produits (par exemple : une manette de jeu permettant de continuer à utiliser une console encore fonctionnelle), ce qui est acceptable. En revanche, nous vendons également du plaqué or neuf, un produit dont l’occasion vieillit très mal. En tant que produit d’appel, il représentait un million d’euros de marge à l’échelle de tous nos magasins. Or nous avons décidé d’abandonner progressivement la vente de cette typologie de produits. Nos 27 magasins intégrés n’en commandent plus. C’est aussi le cas de nombreux magasins franchisés. Pour les autres, nous les accompagnons dans cette transition, en explorant d’autres alternatives pour proposer des produits d’appel comme le plaqué argent, issus du comptoir d’occasion. C’est un choix fort. Le second renoncement, plus personnel en tant que cheffe d’entreprise, concerne la course au volume. En 2013 déjà, nous avions décidé d’arrêter certaines familles de produits. Dans un monde aux ressources limitées, la croissance ne peut pas être infinie. Grossir n’est pas grandir. Nous avons donc travaillé sur l’amélioration de la marge pour compenser la nécessité de sortir de cette logique de volume. Ce type de renoncement est difficile pour des entreprises habituées à la croissance, d’autant plus qu’il nous faut composer avec les réalités économiques. Optimiser nos taux de marge et proposer de nouveaux services nous semblent être des pistes intéressantes pour ralentir cette course effrénée. Notre mission ? Vendre le bon produit à la bonne personne, faire en sorte qu’il dure le plus longtemps possible et garantir sa remise en circulation lorsqu’il n’est plus utilisé.

Pour finir, ce qui vous motive chaque jour, c’est…

De changer les modes de consommation des Français.

27/03/2025

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